Aujourd’hui, c’est le jour de faire un aveu encore plus pire que mon amour pour les échantillons: j’aime bien les finitions au tricot, et quand je parle de finitions, je parle entre autres de coutures.
Il semble très répandu de dire : „Les coutures, quelle horreur! Je ne veux plus tricoter dans ma vie que des modèles qui sont terminés quand je rabats la dernière maille. Surtout, surtout, je veux éviter cette abomination qu’est l’usage d’une aiguille avec un chat pour mon tricot.”
Un modèle sans couture bien construit, où je peux adapter la zone entre le début des emmanchures et le cou pour que cela passe parfaitement pour moi, peut me séduire, et j’ai dèjà tricoté plusieurs pulls ou gilets de ce type. J’ai même adapté le cabled spiral pullover de Nora Gaughan pour le tricoter entièrement en rond (dans les instructions, seul la partie entre les emmanchures et le cou est tricoté en rond).

Pour autant, je reste sur ma faim quand je tricote ce type de modèle. Il me manque une dernière étape pour avoir ce sentiment d’accomplissement si nécessaire à nos vies. C’est comme un livre qui finit de manière abrupte, où on se dit que l’auteur auraît vraiment dû continuer, où on lui en veut presque de nous laisser ainsi seuls avec cette histoire qui ne nous paraît pas finie. J’ai besoin d’une action supplémentaire pour ressentir la satisfaction de l’ouvrage accompli.
Il y a plusieurs années, David Reidy avait écrit un essay sur la question. Il estimait que beaucoup de tricoteurs mettaient de côté des ouvrages presque terminés ou auxquels il ne manquait que les coutures parce qu’ils avaient peur que le plaisir qu’ils avaient eu à tricoter disparaisse une fois l’ouvrage fini. Pour reprendre l’analogie, est-ce que cette sorte de vide que l’on ressent à la fin d’un bon livre, dont on laisse parfois traîner les dernières pages, pour qu’elles durent plus longtemps, serait aussi valable pour le tricot ?
Je suis une tricoteuse qui aime non seulement le fait de tricoter, mais aussi le produit fini, et je tricote dans l’attente de voir ce que donne l’ouvrage une fois tricoté. En fait, j’aime bien écrire le mot fin sur un projet, quel qu’il soit d’ailleurs. Et les coutures, c’est un peu comme la relecture d’un texte avant publication, ou le dernier passage en revue d’une présentation avant une réunion. Je prends plaisir aux dernières actions, j’aime ce : „Maintenant, tout est joué.”, cet instant où le projet ne m’appartient plus et se prête aux regards des autres.









